Chine, 1 ère puissance mondiale de demain : mais si, les Chinois sont "des hommes comme les autres"
La culture chinoise reste très
méconnue en France, ce qui conduit souvent à alimenter les esprits de
clichés très éloignés de la réalité. Deuxième épisode de notre série
consacrée à la Chine.
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La France a encore beaucoup de préjugés vis à vis des habitants de l'"Empire du Milieu". (Crédit Reuters)
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Zheng Ruolin, vous êtes l’auteur de Les Chinois sont des hommes comme les autres, sorti en septembre dernier chez Denoël. Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?
Zheng Ruolin : L’idée
m’est venue en 2008, une année très importante pour les relations
franco-chinoises à cause de l’affaire de la flamme olympique. J’ai vécu
ces évènements avec une grande tristesse. Si la Chine avait choisi la France c’est qu’elle pensait qu’elle était le pays le plus amical en Europe. Robert Ménard et l’association Reporters sans frontières ont tout gâché.
En discutant avec les Français et en débattant sur les plateaux de télévision, je me suis rendu compte que la Chine était vraiment méconnue en France. Ma
famille a toujours travaillé pour le rapprochement entre nos deux
peuples, mon père était traducteur de livres français. Il était naturel
que je parle de ce problème.
Comment expliquez-vous cette méconnaissance des Français à l’égard du peuple chinois ?
Une
partie du problème vient qu’en France il n’existe pas de distinction
entre le journalisme national et le journalisme international.
Quand un journaliste national s’exprime, il s’adresse à des personnes
qui pourront juger eux-mêmes de ce qu’il écrit ou dit. Le journalisme
international est très différent et n’existe pas en France. J’ai fait un
an d’étude au Centre de formation des journalistes (CFJ), j’avais posé
la question à l’époque et on m’avait répondu qu'un journaliste qui
travaille à l’étranger ou en France c’est la même chose.
Les
hommes politiques ont également une part de responsabilité car ils
réagissent beaucoup selon les médias. Nicolas Sarkozy connaissait bien
la Chine, il s’y était rendu plusieurs fois. Je ne comprends pas
pourquoi il a réagi si violemment, notamment en faisant entendre qu’il
n’irait pas aux Jeux Olympiques de Pékin. Sur cette affaire, je pense
qu’il a seulement suivi l’opinion publique française sur le dossier
tibétain et cela a beaucoup choqué le Chinois.
Quels sont les principaux stéréotypes des Français à l’égard du peuple chinois et de sa société ?
Beaucoup
de gens croient que la Chine est en enfer, un pays où les policiers
sont partout et dans lequel le mot « démocratie » serait synonyme
d’emprisonnement. En réalité ce n’est pas vrai, le nombre de
nos policiers n’est pas si important, tous les gens qui ont voyagé vous
le diront. On dit également que la Chine est la plus grande prison du
monde. C’est faux ! La plus grande prison du monde ce sont les
Etats-Unis.
Il existe un exemple bien plus révélateur. Les Français croient que les Chinois mangent du chien. La vérité c’est que très peu de gens en mangent.
La plupart des gens que j’ai rencontrés dans ma vie n’ont jamais mangé
de chien. Moi-même, je ne crois pas en voir déjà mangé. Il est très
difficile de trouver un restaurant à Shanghai ou à Pékin qui serve ce
genre de plat.
Ensuite vient le stéréotype du chinois, travailleur acharné qui ne prend jamais de vacances.
Encore une fois, officiellement, nous avons environ 27 jours de congés
payés. 7 jours pour la fête du printemps, 7 jours pour la fête
nationale, 3 jours de fête du 1e mai et une série de fêtes
spécifiques selon le calendrier lunaire chinois. Ces 27 jours peuvent
s’ajouter à des jours de vacances personnels selon des critères comme
l’ancienneté. Les Chinois ont donc bien des vacances ! Bien-sûr il
existe des gens qui travaillent 7 jours sur 7 parce qu’ils veulent
gagner plus d’argent mais cela ne veut pas dire que les vacances ne sont
pas un droit en Chine.
L'association des jeunes chinois de France poursuit le directeur de l'hebdomadaire Le Point, Franz Olivier Giesbert pour "diffamation publique raciale à l'encontre des Français d'origine chinoise". Dans son édition datée du 23 août 2012, Le Point avait publié un article intitulé "L'intrigante réussite des Chinois en France". Quel œil portez-vous sur cette affaire ?
Cela rejoint une des raisons pour lesquelles j’ai écrit mon livre. Les
gens en France se permettent de dire n’importe quoi sur les Chinois.
Qu’aurait-on dit si l’on avait fait la même chose sur une autre
communauté ? Cela aurait été un vrai scandale !
Je me rappelle que Le Parisien avait également fait un article intitulé « Comment les Chinois nous espionnent ? »
qui traitait de l’affaire d’espionnage de Renault. En réalité, on a
bien vu que tout cela était inventé, un faux scandale. C’est la même
chose pour l’affaire Li Li,
cette stagiaire chez Valeo soupçonnée d’espionnage industriel. On a en a
vraiment beaucoup fait dans les médias français. Aujourd’hui encore les
gens associent cette affaire à de l’espionnage industriel chinois.
Sur
le plan des rumeurs, il paraîtrait que les Chinois en France ne meurent
pas. Il a déjà été prouvé que cela n’existait pas mais des tas de gens
me parlent toujours de cette histoire de titres de séjour qui se
transmettrait en cas de décès. C’est une rumeur apparue dans les années
70 qui perdure toujours.
Je comprends très bien
qu’il faille préserver la liberté d’expression. Nous avons tous le droit
de dire ce qu’on pense, même sur une communauté minoritaire. Cependant, je trouve que l’on parle des problèmes des Chinois de France avec un mépris excessif.
Il est nécessaire de combattre les stéréotypes car ils ont des
conséquences néfastes sur la communauté chinoise. Beaucoup de Chinois me
disent qu’ils ont subi, dans les rues, des insultes et des actes de
violences à caractère raciste.
Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud
Source : Atlantico.fr

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