Faut-il se résoudre à une baisse durable de notre niveau de vie ?
Alors que la France est prise dans
une crise dont personne n'est capable de prévoir la fin, les chiffres de
l'Insee montrent que le niveau de vie des Français est en baisse
constante depuis dix ans.
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| Le niveau de vie des Français est en baisse depuis dix ans. (Crédit Reteurs) |
Prise dans une crise protéiforme dont personne ne semble capable de prédire la fin, le niveau de vie des Français est en baisse continuelle. Faut-il se résoudre à cela ?
Rémy Prudhomme : La baisse du niveau des Français depuis deux ans est une réalité incontestable qui
est souvent cachée par le fait que la plupart des observateurs
observent l’évolution du PIB. Pour avoir un véritable aperçu du niveau
de vie des Français, il faut le considérer par habitants car lorsque
l’évolution du PIB est quasiment nulle comme en 2012 et que la
population augmente de manière conséquente, comme c’est le cas dans
notre pays, il y a un appauvrissement important. De plus, de
nombreux facteurs ne sont pas pris en compte dans ce calcul comme le
poids du capital qui augmente et fait logiquement baisser le niveau de
vie.
Quant à savoir si cette baisse est
inéluctable, la réponse est non. La plus grande partie des pays du monde
voit leur niveau de vie continuer à augmenter, si c’est une évidence
lorsqu’on parle des économies émergentes, c’est aussi le cas aux
Etats-Unis, en Pologne ou encore en Suède. Il s’agit donc bien d’un problème presque franco-français et en aucun cas d’une fatalité. La France est l’un des rares pays dans lequel des politiciens ayant pignon sur rue prônent la décroissance.
La première question qui doit donc se poser est de savoir s’il y a un
consensus sur la recherche de la croissance et de l’augmentation du PIB
sans quoi il sera impossible d’avancer.
Quelles sont les variables sur lesquelles il est possible d’agir pour lutter contre cette baisse ?
A
court terme, 2013-2014, il n’y a en réalité que peu de choses à faire
car les modifications nécessaires sont profondes et il ne sera pas
possible d’enrayer ce déclin du niveau de vie des Français dans de tels
délais. Depuis des années, les Français vivent à crédit, sur le
dos de l’argent que le monde entier nous prêtait. Cependant, ce genre
de logique a une limite et le reste du globe pourrait bien arrêter du
jour au lendemain de nous laisser vivre à ses crochets. Il y a donc un
premier effort à faire, et pas uniquement à propos des finances
publiques, sur cette problématique-là.
A
plus long terme, il faut à tout prix desserrer les freins qui entravent
notre croissance et qui sont nombreux sous la forme de dispositions, le
plus souvent écologistes, qui ont un effet direct sur l’économie
française. Les exemples sont nombreux, comme le fait de
s’acharner à tanner les Français sur le fait qu’ils sont presque des
criminels lorsqu’ils prennent leurs voitures ou que les camions
qui transportent des marchandises sont trop polluants alors que la
France est proportionnellement l'un des pays qui émet le moins de CO2. Je m’étonne alors qu’on gémisse devant l’effondrement du marché automobile. Jacques-Bénigne Bossuet disait : « Dieu rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ».
La phrase correspond parfaitement à la situation de la France qui se
prive de la participation de l’industrie automobile et de tout ce
qu’apporte économiquement une bonne mobilité. Il est possible aussi
d’évoquer le refus du gaz de schiste et qui est pourtant en train de
transformer l’économie américaine, la fermeture de centrales nucléaires
en parfait état de marche ou des investissements inutiles dans des
projets de transports comme le TGV Lyon-Turin dont nous payons la moitié
des 25 milliards et l’Italie l’autre alors qu’elle n’en a pas le
premier sous. Ce sont donc autant de freins qui empêchent notre
économie de progresser et dont la présence ne peut que maintenir la
baisse progressive de notre niveau de vie.
Le standard de vie français est-il devenu incompatible avec la structure de son économie ?
Est-il nécessaire de le repenser ?
C’est
le discours de tous les écologistes qui prétendent qu’il est possible
de consommer autrement sans jamais expliquer ce à quoi cela correspond
et quand ils le font cela se traduit pas une consommation moindre. C’est
un mythe très sympathique sur le fond mais qui n’a pas de consistance
réelle car les modes de vie et de consommation sont les conséquences de
choix réfléchis des Français. A partir de là, qui va décider de la bonne
façon de consommer ? Une agence centrale de la bonne consommation qui
nous dicterait comment nous devons manger ou nous habiller, ou encore
comme le prônent certains, décider si nos voyages sont utiles à la
société ? Je n’accorde donc pas beaucoup de crédit à cette
aspiration à l’altérité qui se traduit toujours par la mise en place des
freins économiques que j'évoquais. De plus, il existe déjà des
réglementations indispensables qui servent à réguler les externalités
qui ne passent pas par le système des prix et qui méritent la régulation
étatique. D’ailleurs, cela à un coût qu’il faut prendre en compte.
Cela témoigne-t-il de la nécessité d’une remise en cause fondamentale – philosophique et économique - de la place de la France, et plus généralement de l’Union Européenne dans le rapport de force économique planétaire ?
Que l’Europe soit
globalement amenée à voir son rôle diminuer est une évidence ne
serait-ce que par la baisse de sa part démographique et parce que les pays émergents s’enrichissent plus vite que nous. Une
fois encore, je ne vois pas comment on peut s’en plaindre alors que
nous avons passé des années à pleurer sur le sort de ces régions du
monde qui continuaient à vivre dans la misère alors que nos conditions s’amélioraient. Il
faut être cohérent et à titre personnel je suis très heureux de savoir
que des millions – pas tous – de Chinois soient sortis de la misère.
Il reste cependant des domaines dans lesquels nous sommes les
meilleurs, les plus efficaces et dans lesquels ces pays ont besoin de
nous, il faut garder cette longueur d’avance. Le but n’est pas d’être
plus riche que les autres mais de ne pas être plus pauvre que ce que
l’on était. Il y a un déclin inéluctable de notre pouvoir
politique, qui n'est pas une fin en soi, mais pas d’appauvrissement
inévitable. La Suisse ne pèse pas lourd sur le plan politique mais ses
habitants se portent bien.
Ce qui
est plus inquiétant, et qui est une clé dans tout cela, est
l’éducation. Il y a visiblement en France un recul relatif de
l’efficacité de notre système éducatif dans son ensemble. Les
outils de comparaison dont nous disposons montre bien que nous sommes
bien inférieurs aux Norvégiens ou aux Coréens. Là où le bât blesse c’est
que c'est bien la qualité fonctionnelle de l’éducation qui a terme
permet de conserver le niveau de vie et à la différence des Etats-Unis nous n’attirons pas de cerveaux brillants venus du monde entier. Comme l’a dit un jour quelqu’un d’inspiré : « nous exportons des bac+5 et nous importons des bac-5 ».
Propos recueillis par Jean-Baptiste Bonaventure
Source : atlantico.fr

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