jeudi 3 janvier 2013

Vivre sans huile de palme : possible, mais pas facile...

Ils sont de plus en plus nombreux à tenter l'expérience : vivre sans huile de palme. Un vrai parcours du combattant car cette huile, présentée comme dangereuse, se trouve dans de nombreux aliments.


Le Nutella est l'arbre qui cache la forêt : l'huile de palme est omniprésente dans notre alimentation. Crédit DR

Le consommateur français commence vraiment à avoir la no-huile-de-palme attitude. L'amendement voté par le Sénat qui proposait de la taxer à 300% au nom de la santé publique a fait long feu. Mais l’antipathie pour le corps gras bon marché ne diminue pas et les campagnes pour sauver les orang-outangs, victimes indirectes de la déforestation en Indonésie par exemple, gagnent en visibilité.
Le Totem adoré et détesté, le pot de Nutella, trop bon pour être honnête, est un coupable un peu idéal. Ferrero, son propriétaire, ne peut nier son énorme succès mondial et une consommation donc assortie de l'huile à l'index actuellement. Ce que les campagnes pour ou contre ne disent pas souvent est : comment fait-on au quotidien, pour qui a décidé de bannir l'huile de palme ? 


Nutella, l'un des présumés coupables


Au-delà des grands enjeux de l'agriculture mondialisée, et des bagarres sur sa nocivité, les "petits" consommateurs français ont peu à peu changé leurs habitudes et le racontent. 

3 ans sans huile de palme

Sur Madmoizelle, Aniotchka se souvient comment un reportage animalier sur les orang-outangs l'a entraînée un beau matin dans une aventure compliquée.
"C’est un vrai parcours du combattant qui commence. Heureusement à l’époque, j’habite seule et je peux gérer moi-même les courses alimentaires (depuis, je vis avec mon chéri et je l’ai rallié à ma cause, ouf !). Concrètement, arrêter l’huile de palme, c’est jeter non seulement le Nutella mais aussi toutes les barres chocolatées (Ferrero est un des premiers producteurs mondiaux d’huile de palme) et la plupart des biscuits industriels (sauf les gâteaux type "galettes St-Michel" ou tout autre délice divin estampillé "pur beurre"). Ce ne sont pas seulement les emballages où il est indiqué "palme" qui sont en cause, mais tous ceux à l’huile végétale. En effet, comme il n’est pas obligatoire d’indiquer le type d’huile sur les paquets, les entreprises en profitent pour rester volontairement dans le flou

Maintenant, faisons un test : la prochaine fois que vous vous trouverez au supermarché, prenez une dizaine de paquets de gâteaux et regardez la composition : vous verrez que sur presque tous (sauf les "pur beurre" mentionnés plus haut), il est indiqué "huile végétale". Et donc ça signifie… à la trappe les Pim’s, les Pépitos, les Granolas ! Et mon plus grand regret, les cookies Pepperidge Farm qui sont juste - à mon humble avis - une tuerie.Je donne des pistes pour celles qui voudraient se lancer : les Bounty sont les seules barres chocolatées autorisées (manque de bol, j’aime pas ça)."
"J’ai aussi arrêté tous les produits qui contiennent des "mono et diglycérides d’acides gras" et du "E471", des conservateurs réalisés la plupart du temps à base d’huile de palme. Mon chéri, encore plus radical que moi, a arrêté les pains au chocolat de la boulangerie (la pâte n’est pas en cause, mais le chocolat industriel peut contenir cette substance diabolique)."
"La liste de produits autorisés se restreint donc drastiquement et on passe beaucoup plus de temps à faire les courses puisqu’il faut lire les emballages de A à Z. Quand par miracle, un produit ne contient pas d’huile végétale, il comporte souvent de l’E471. Depuis trois ans, j’ai trouvé un certain nombre d’articles de substitution, mais qui, il faut bien l’avouer, coûtent (beaucoup) plus cher."


Une campagne de l'association RAN aux Etats-Unis pour la sauvegarde des orang-outangs

La vie non "palmée"

Un autre blog, qui s'appelle très simplement Vivre sans huile de palme, est entièrement consacré à l'huile de palme en mode "sérieux" et c'est une bible de la vie non "palmée". Statistiques, livres blancs, productions par pays, recette pour un succédané de Nutella,  guide d'achats, études sur la déforestation... Où l'on apprend que même le mascara en contient ! Pour sa part, il avoue être ahuri par le succès qu'a eu son expérience d'un an de vie sans huile de palme (2011-2012), qu'il a poursuivie.

"La traque à l'huile de palme fut le but de cette année, axé sur une expérience personnelle. En tenant le blog, je ne souhaitais pas faire la morale, mais partager mes découvertes tout en essayant de faire passer l’enthousiasme et le "jeu" que cela peut être. Bien mal m’en a pris, j’ai reçu en moyenne un e-mail par jour de la part de mes concitoyens. Le petit guide vert n’arrête pas d’évoluer et il a été téléchargé des centaines de fois ! J'ai été interviewé (presse écrite, radio, télé) des dizaines de fois ; je suis parti assurer stands et conférences jusqu'à l'étranger."


De l'huile de palme
Dans les très nombreux commentaires des blogs no-huile-de-palme perce maintenant un autre problème soulevé par cet ingrédient, et peut- être un prochain changement de consommation.
Akela : "Je m'interroge sur la pertinence de boycotter l'huile de palme en réponse à la déforestation car le prochain marché à s'emparer de cette huile, c'est celui des carburants. Et étant donné que les énergies fossiles ne vont pas durer éternellement, l'huile de palme offre une alternative judicieuse pour les industriels, notamment en raison des coûts de production. Et là si on s'imagine qu'on va arriver à faire pression sur ces groupes, on se met le doigt dans l’œil. Je veux bien que des gens arrêtent de consommer de l'huile de palme et préfèrent manger du beurre par exemple, mais qui va dire - dans l'hypothèse où il n'y a plus que du carburant à base d'huile de palme sur Terre - "non moi je ne prends plus ma voiture, je boycotte l'huile de palme" ? C'est irréaliste. "
Si une addiction mondiale telle que le Nutella peut être peu à peu terrassée, pourquoi pas ?


Source : atlantico.fr


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